Vidéo: Les communs en culture et en communication

Lors de ce séminaire du 19 janvier 2018, Sébastien Broca, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8, et Florence Piron, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval, réflechissent sur les communs en culture et en communication.

Sébastien Broca: Les communs comme critique du capitalisme numérique. Des ressources partagées à un nouveau mode de production ?

En examinant l’exemple privilégié du logiciel libre depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, cette communication essaiera de montrer comment les formes de critique portées par les communs numériques ont évolué. En opposant à la propriété exclusive sur l’information et la connaissance la construction de ressources partagées, les communs numériques se sont originairement présentés comme une opposition, ou une subversion du capitalisme informationnel. À partir de la fin des années 1990, l’intégration de certains de ces communs aux modèles d’affaires de grands acteurs de l’économie numérique a néanmoins limité la portée de cette critique. Peut-être les communs doivent-ils dès lors être pensés non pas simplement comme des ressources partagées mais comme les prémices d’un mode de production alternatif. C’est cette dernière hypothèse que nous nous efforcerons de discuter.

Références:

Biographie: Sébastien Broca est sociologue, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8. Il travaille sur les communs numériques (logiciels libres, Wikipédia…) et les nouvelles formes de travail en ligne (digital labour). Il a publié Utopie du logiciel libre (Le passager clandestin, 2013).

Florence Piron: Communs de la connaissance, pluralité épistémologique, matérialité du savoir et justice cognitive

 

Les communs de la connaissance sont plus qu’une énorme base de données d’articles scientifiques en libre accès. Sans une réflexion épistémologique approfondie sur le pluralisme épistémologique et la colonialité de la science (positiviste) et de l’université, le libre accès peut redoubler l’aliénation épistémique dans les pays des Suds et les dissonances cognitives propres à la recherche-action dans les pays du Nord. Inversement, la critique épistémologique du colonialisme scientifique et du positivisme est inefficace et paraît hypocrite si elle n’aborde pas les enjeux de la matérialité du savoir (circuits de publication, etc.). La théorie de la justice cognitive permet de penser ces paradoxes et de proposer un modèle épistémologique solide pour les communs de la connaissance qui peut guider l’action et l’engagement.

Références:

  • Piron, F. (2017). « Le libre accès vu d’Afrique francophone subsaharienne »
  • Piron, F. (2017) « Méditation haïtienne. Répondre à la violence séparatrice de l’épistémologie positiviste par l’épistémologie du lien » (qui va paraître d’ici la fin du mois dans la revue Sociologie et sociétés.

Biographie: Florence Piron est anthropologue et éthicienne, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval où elle enseigne la pensée critique à travers des cours sur l’éthique, la démocratie et le vivre-ensemble. Présidente fondatrice de l’Association science et bien commun et de la boutique des sciences Accès savoirs de l’Université Laval, directrice des Éditions science et bien commun, elle s’intéresse aux liens entre la science, la société et la culture (l’éthique), à la fois comme chercheuse et comme militante pour une science plus ouverte, plus inclusive, socialement responsable et tournée vers le bien commun qu’elle interprète comme la lutte contre les injustices et la dégradation de l’environnement. Elle intervient oralement et par écrit dans une grande diversité de milieux, dans et hors du monde universitaire. Elle a été responsable du projet SOHA (science ouverte en Haïti et en Afrique francophone) de 2015 à 2017 et dirige maintenant un projet de recherche-création en écriture théâtrale et un projet de recherche-action sur les boutiques des sciences en Afrique francophone et en Haïti. Elle publie de nombreux livres avec ses étudiants et étudiantes, notamment dans les séries Portraits de femmes et Québec ville ouverte aux Éditions science et bien commun.