Étude interdisciplinaire des médias socionumériques

Au cours des dernières années, l’usage des services de réseaux sociaux numériques (Facebook, Twitter et all.) s’est largement répandu, tout comme l’adoption des téléphones dits intelligents (iPhone et autres) et autres plates-formes d’accès mobiles (ordinateurs « eBook», tablettes du genre « iPad », etc.) offrant également un accès (mobile/en temps réel) à ces médias. Cette montée et la forte pénétration des technologies numériques interrogent à juste titre plusieurs aspects du vivre ensemble, plus particulièrement et plus directement quand ces technologies deviennent explicitement « sociales », comme l’atteste la popularité grandissante des médias dits « sociaux » (médias socionumériques) comme Facebook, Twitter, Web 2.0, etc.).
Parallèlement, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’un nouveau champ d’études sociologiques, soit celui de la sociologie de la surveillance (Surveillance Studies) fondé par le professeur Lyon. Bien que relativement jeune, ce champ connaît un déploiement qui ne cesse de croître, comme l’atteste notamment le réseau du Surveillance Studies Center (fondé par Queen’s à Kingston) qui est désormais international. Une des veines de recherche du courant des Surveillance Studies est que la prolifération des outils technologiques/numériques soulève des questions relativement à l’intensification de pratiques de surveillance et de « tri social » (Lyon 2009). L’originalité du présent projet est double : 1) apporter aux Surveillance Studies l’éclairage de l’étude des médias socionumériques et 2) aborder cette étude par le biais de regards interdisciplinaires (sociologie, politique et économie).

L’émergence de ces nouveaux médias (numériques et sociaux) force le monde universitaire à reconnaître et à s’adapter aux nouvelles exigences ainsi induites, plus particulièrement sur les plans de la recherche et de l’enseignement. Ainsi, désireuse de relever ce défi, l’École des médias de l’Universitè du Québec à Montréal (UQAM) est à revoir son offre de cours de cours, plus précisément l’ajout d’un programme de baccalauréat en communication médiatique où technologies et médias numériques seront à l’honneur, et à intensifier ses efforts de recherche, notamment par la création d’une maîtrise voue aux nouveaux médias
numériques (Plan quinquennal 2010-2015, Faculté de communication, UQAM). Ce projet de recherche vise également à favoriser l’atteinte de ces objectifs.

Mon travail de doctorat (Mondoux, 2007) a permis de mettre sur pied un solide cadre théorique porteur centré sur la dynamique d’individuation/(re)production sociale entre société et technique. Une des grandes conclusions de la thèse, non prévue à l’origine du périple, était la tendance à l’intégration de la surveillance à même les processus de socialisation (banalisation de la surveillance). Cette nouvelle piste fut immédiatement relevée et j’ai a pu ainsi établir des contacts préliminaires avec le Surveillance Studies Center du professeur Lyon à Kingston où j’ai début un postdoctorat (bourse du FQRSC 2009) portant sur la surveillance et l’utilisation du réseau « social » Facebook chez les jeunes. Six mois après avoir débuté le postdoctorat (décembre 2009), j’ai obtenu un poste à l’UQAM à l’école des médias (faculté de communication) et la recherche n’a pu ainsi avoir lieu, d’où l’intérêt de relancer la problématique de la surveillance et les services de réseaux sociaux numériques. Le présent projet est tout à fait différent du projet de postdoctorat puisqu’il a bénéficié d’une réflexion approfondie, soit la problématique de la surveillance et de la société de contrôle, plus spécifiquement la construction sociale de la surveillance et en quoi elle se rattache aux processus de régulation et de contrôle au sein des sociétés postmodernes.

Si cette surveillance est banalise, c’est-à-dire inscrite dans les liens sociaux eux-mêmes, c’est qu’elle revêt des formes « quotidiennes » : profilage marketing, auto-expression des individus par les médias socionumériques, intégration de services de géolocalisation dans les médias socionumériques, etc. En ce sens, le présent projet pousse plus loin la réflexion, tout en s’ancrant, de par le biais du questionnement épistémologique rendu explicite par son approche interdisciplinaire, plus en profondeur dans les défis actuels du champ des Surveillance Studies.