Séminaire « Pensée critique et communication » avec Line Grenier et François Yelle

{{Vendredi 11 février à 13h00 (UQAM, salle J-1060)}}

{ {{Diagnostic conjoncturel en chantier :
Problématiser la « crise » dans le domaine musical au Québéc.}} }

[{{Line Grenier}}->http://www.com.umontreal.ca/personnel/line_grenier.html],
Professeure agrégée,Département de communication, Université de Montréal

Mon intervention consiste en l’examen de quelques-uns des principaux moteurs et balises d’une pratique de recherche (la mienne) dont les questionnements s’inscrivent dans la double mouvance des cultural studies (québécoises, notamment) et de la philosophie politique contemporaine (inspirées entre autres par Foucault, Deleuze et Agamben) et se déploient sur les terrains hétérogènes et changeants de la musique populaire considérée comme l’un des domaines phares de la culture publique au Québec. Elle prendra la forme d’une série d’allers-retours entre quelques « concepts voyageurs » (Bal, 2002) dont ceux de diagnostic et de conjoncture et d’autre part un événement socio-historique spécifique et l’espace-problème (Scott, 2004) qu’ils permettent de dessiner eu égard, en l’occurrence, à la « crise » en cours dans les industries de la musique.

{ {{La théorie de l’articulation : de quoi s’agit-il?}} }

[{{François Yelle}}->http://www.usherbrooke.ca/dlc/nous-joindre/personnel-enseignant/yelle-francois/],
Professeur agrégé, Département des lettres et communications, Université de Sherbrooke

«The only theory worth having is that which you have to fight off, not that which you speak with profound fluency.» Stuart Hall, 1992, Cultural studies and its theoretical legacies.

Depuis quelques années, nous assistons à la parution d’ouvrages de langue française -originaux ou traduits de l’anglais- qui présentent et expliquent l’approche des Cultural Studies au public universitaire francophone : pensons aux revues Multitudes et Vacarmes; les éditions Amsterdam; l’anthologie Cultural Studies dirigée par Maigret, Macé et Glevarec, publié chez Armand Colin; les efforts des revues Réseaux et Hermès, etc. Dans un récent article (Cahiers de recherche sociologique, 2009), je commentais justement cet intérêt tout aussi tardif que débordant des universitaires européens francophones pour l’aventure théorique et politique qui a débuté au milieu des années 1960 à l’Université de Birmingham, et j’examinais ce que ces chercheurs pouvaient bien, aujourd’hui, en faire.

Un an plus tard, je réalise que ces ouvrages commentent peu ou pas du tout, si je ne me trompe, l’un des plus importants concepts développés par Stuart Hall et Lawrence Grossberg, celui dit «de l’articulation». Pour le premier, il s’agit d’une théorie; pour le second, d’une méthodologie. Dans les deux cas, le concept est emprunté à Althusser (1970), Foster-Carter (1978) et Laclau (1979), et Hall et Grossberg l’utiliseront dès le début des années 1980; en 1986, la revue Journal of Communication Inquiry (University of Iowa) publie d’ailleurs une entrevue accordée par Hall à Grossberg, intitulée «On postmodernism and articulation» (Vol. 10, N°2, Pp. 45-60).

Stuart Hall utilise le concept pour la première fois en 1980 dans «Race, articulation and societies structured in dominance», douzième chapitre d’un rapport publié par l’Unesco, intitulé Sociological theories : race and colonialism. Il y expose la critique formulée par Althusser à l’endroit du déterminisme base/superstructure chez Marx, afin de présenter le concept d’articulation qui réfère à la combinaison non obligée, mais ni gratuite, d’éléments qui, réunis selon des rapports de domination et de subordination, forment une structure -ou unité- complexe. Ces articulations qui combinent ensemble différents modes de production -et/ou des forces sociales- sont indissociables des conjonctures historiques à l’intérieur desquelles elles se produisent. Plus simplement, le concept d’articulation peut référer aux différents pivots qui assemblent et produisent un construit social et culturel (un discours, une idéologie, etc.) selon les forces hégémoniques d’une époque et d’un espace.

L’objectif de ma présentation est d’explorer et d’expliquer en quoi la théorie de l’articulation, telle que proposée par Stuart Hall, constitua et constitue encore un outil d’analyse critique pertinent dans le champ des études médiatiques, tout spécialement en ce qui a trait aux dimensions identitaires et culturelles.

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