{{Vendredi 3 décembre à 13h30 (UQAM, salle J-1060)}}
{{ {La critique entre approche et théorie. Quelques réflexions} }}
{{[Oumar Kane->http://www.gricis.uqam.ca/spip.php?article39]}}, Professeur régulier, Département de communication sociale et publique, Faculté de communication, Université du Québec à Montréal
La fortune récente de la communication (le vocable, les technologies et la discipline) a à voir avec une nécessaire refonte des contrôles sociaux à un moment où les modalités anciennes de l’assujettissement deviennent moins opérantes. Par ailleurs, la production et la diffusion d’une expertise pertinente pour le fonctionnement de vastes pans de l’activité économique et socio-politique garde toute sa pertinence au moment où les communications tendent à se substituer à la communication. Le « tour culturaliste » dénoncé par Yves de la Haye comme un travers commun à la sociologie et aux sciences de la communication nécessitera, pour être dépassé, que soit prise en compte « la totalité des champs de force » pesant sur les industries de la communication et l’économie générale des échanges dans les sociétés contemporaines. Dans le cadre de cette présentation au séminaire critique, nous partirons d’une distinction initiale entre théorie critique et approche critique en vue de proposer quelques jalons épistémologiques qui seront ensuite mis à contribution pour interroger les projets, opposés par beaucoup, des études culturelles et de l’économie politique de la communication.
{{ {Pensée critique, idéologies et constructions théoriques} }}
{{[Michel Sénécal->http://www.gricis.uqam.ca/spip.php?article24]}}, Professeur titulaire, UER Sciences humaines, lettres et communications, Télé-Université (Université du Québec à Montréal)
Lorsque Marcel Rioux nous invitait dans son Essai de sociologie critique (1979) à déceler, dans la réalité des mouvements du social-historique, les conduites et les groupes qui sont porteurs de nouveauté et d’émancipation, en d’autres mots de changement social, il nous orientait autant vers l’analyse des valeurs qui y sont privilégiées. Si l’on souscrit à cette prémisse avancée par Rioux soulignant que la vérité n’est pas révélée par la théorie et ensuite appliquée au réel, mais, au contraire, que c’est le réel qui nourrit la théorie, on doit par conséquent prendre en compte le contexte politique et idéologique de production des constructions théoriques et maintenir une posture critique quant à leurs usages dans l’interprétation du réel.
En bref, la problématique soulevée est celle des rapports sociaux qui s’établissent au sein même du monde de la recherche en communication, où il y aurait hégémonie de certaines visions du monde par le truchement d’approches théoriques dominantes. Mises dans une perspective historique et géopolitique, les idéologies qui s’affrontent par théories interposées, rendent comptent aussi de rapports de force visibles dans les modèles de communication qui émergent de la dynamique d’interaction entre les grands acteurs sociaux.
Comme le signalait Robert Nadeau dans L’épistémologie comme idéologie (1983) la science ne devrait pas être conçue comme un édifice abstrait de concepts bien construits et d’hypothèses correctement vérifiées, étant au contraire le fruit des intérêts humains et la résultante de processus qui, bien que rationnels, ne peuvent être réduits à leur seule dimension logique. On peut penser que non seulement les théories servent de fait les intérêts d’un ou de groupes sociaux en particulier, mais qu’elles sont aussi structurées par les enjeux qu’elles renferment en elles-mêmes et qui sont en fait l’ultime raison d’être de ces théories.