Genre(s) et Méthodes: une nouvelle série de séminaires pour l’année 2021-2022

Initié par Hélène Bourdeloie et Léna Hübner et co-organisé par le LabSIC (Laboratoire des Sciences de l’information et de la communication, Université Sorbonne Paris Nord, France) et le CRICIS (Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société, Québec, Canada), le séminaire Genre(s) et méthodes (GEM) s’attache à étudier les questions féministes, intersectionnelles et de genre(s) en termes de méthodes, méthodologies et épistémologies. Concept transdisciplinaire fluide et non figé, le genre – ou les genres, pour échapper à un fonctionnement social binaire – a fait l’objet de travaux qui, en proposant un décentrement radical, ont transformé le paysage des sciences sociales et humaines tout au long du XXe siècle. Ce séminaire a pour objectif de proposer un espace pour discuter des apports de ces études à la pratique scientifique. Nous y discutons des façons de faire de la recherche lorsqu’on travaille sur le(s) genre(s), de ses / leurs articulations avec d’autres formes de minoration, et du pouvoir critique de cet outil pour désessentialiser le monde social. Cherchant à soustraire la réflexion à la pensée universaliste, nous y décentrons les regards pour aborder les questions de luttes, de résistances, à l’exemple de celles de corps racisés qui subissent différents rapports de domination. Nous réfléchissons à la façon dont sont opérés les décentrements des concepts et aux démarches mises en œuvre pour déconstruire les normes dominantes sur les identités de genre, les sexualités et d’autres rapports de pouvoir comme la classe ou la race. Pluriels, les questionnements portent sur la capacité à penser le positionnement de la chercheuse ou du chercheur, son engagement, sa subjectivité, le dévoilement de biais en termes de production ou d’interprétation de données, la réflexivité sur ces biais en tant que ressources heuristiques, épistémiques ou politiques, les questions éthiques soulevées par des objets perçus comme impurs, ou encore l’historiographie ou l’analyse du caractère genré d’un objet ou d’un dispositif d’enquête… Il s’avère pertinent de mettre au jour et d’analyser les façons dont le(s) genre(s) – ainsi que les concepts qui lui / leur sont rattaché(s) – sont travaillés et reconstruits par le terrain… Enfin, cet espace de dialogue a aussi pour vocation d’interroger la possible singularité des méthodes, méthodologies et épistémologies des approches par le genre et des études féministes et intersectionnelles. Ce séminaire met en lumière des travaux s’inscrivant dans les champs des médias et de la communication, et plus largement en sciences humaines et sociales (sociologie, histoire, anthropologie, sciences politiques ou philosophie…).  

Pour un aperçu de la programmation de l’année 2020-2021, cliquez ici.

Programmation de l’année 2021-2022:

24 septembre 2021, 9-12h (15h-18h à Paris):

Analyser les identités culturelles à l’écran

Tara Chanady, chercheure postdoctorale à l’École de Santé Publique de l’Université de Montréal :

Orienter le visible lezbiqueer: Représentation et auto-représentation lesbienne, bi et queer à la télévision de fiction québécoise

Rendre visible quoi, de quelle façon, dans quel contexte, par qui et pour qui? Le dévoilement en-dehors de la sphère intime est un gage d’existence et de reconnaissance sociale pour les groupes minorisés qui participent ainsi à la constitution d’une réalité sociale collective. La visibilité publique et médiatique est un enjeu politique, altérant les paramètres de l’expérience quotidienne des individus (Voirol 2005, 94). L’articulation d’identifications lbtq* dans la sphère publique et médiatique est ainsi centrale à des processus d’auto-représentation et d’auto-reconnaissance (Goyette 2014). Ne pas avoir honte, se reconnaître, construire un sentiment d’existence collective : plusieurs études télévisuelles se sont intéressées aux liens entre les identifications sexuelles et les médias (Driver 2007 & 2008; Schwartz 2016; McInroy & Craig 2017; Smith, Telford & Tree 2017). Toutefois, des enjeux de pouvoir sociaux, culturels, économiques et politiques cadrent les visibilités qui ont accès à un espace médiatique plus largement diffusé comme la télévision populaire. La visibilité n’est donc pas gage d’émancipation, reproduisant des normes hégémoniques (McNicholas Smith & Tyler 2017) au sein d’un réseau standardisé capitaliste (Villajero 2014, 3) par un formatage qui exclue tout élément dissident (Voirol 2005). Comment les relations romantiques et/ou sexuelles entre femmes sont-elles construites; quels éléments sont mis en visibilité; quels discours identitaires sont mobilisés? Cette présentation explorera ces questions dans le contexte du paysage télévisuel québécois récent.

Hélène Breda, Maîtresse de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication au LabSIC et chercheuse associée à l’IRCAV:

Analyser les discours d’internautes féministes face à la « culture légitime » de la « cinéphilie orthodoxe » : une exploration méthodologique.

Cette communication présentera une partie des recherches que j’ai menées depuis 2016 sur la réception d’œuvres audiovisuelles par des publics féministes « profanes » qui s’expriment en ligne. En croisant des approches antérieures, sur la notion de cinéphilie d’une part et sur les réceptions genrées d’autre part, je souhaite montrer comment des communautés de spectateur.ices ancrent leurs lectures de films et de séries dans « l’espace de la cause des femme » (Bereni, 2012). Elles rappellent ainsi les dimensions sociales et politiques de la Culture, souvent laissées dans l’angle mort d’une critique française professionnelle « orthodoxe » (Jullier, 2012) centrée sur des questions formelles et esthétiques dans une logique auteuriste. A l’occasion du séminaire, je reviendrai sur mon parcours méthodologique et sur les écueils rencontrés lors des phases d’exploration préliminaires de mes terrains numériques.

19 novembre 2021, 9-12h (15h-18h à Paris):

Genre et développement international

Isabelle Auclair, Titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, Savoirs et Sociétés et professeure au Département de management de l’Université Laval :

Méthodologies féministes intersectionnelles : documenter et analyser le continuum des violences genrées  

En s’appuyant sur diverses recherches portant sur le continuum des violences​, notamment dans les trajectoires migratoires et en coopération internationale, cette communication propose une réflexion sur les approches et méthodologies féministes pour documenter et analyser les impacts de l’intersection des systèmes d’oppression dans la production et la reproduction des violences. Tout comme les systèmes d’oppression qui ne sont pas hiérarchisés dans les approches féministes intersectionnelles, les violences étudiées au sein du continuum sont appréhendées de manière non hiérarchique. Le concept de continuum favorise l’exploration de violences qui ne sont pas communément étudiées et vise à approfondir l’analyse et à préciser les actions à entreprendre. En outre, son utilisation dans une perspective féministe intersectionnelle exige un arrimage théorique et empirique par la prise en compte du vécu et du point de vue des femmes elles-mêmes. Il est alors intéressant de se questionner sur les concepts mobilisés, mais également sur les implications méthodologiques liées à l’approche intersectionnelle.   

Florent Chossière, doctorant en géographie à l’Université Gustave Eiffel (France), rattaché au laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs :

Cette intervention se propose de revenir sur quelques questionnements et réflexions soulevés par le dispositif méthodologique mis en place dans le cadre de ma thèse portant sur des personnes demandant l’asile en France au motif de persécutions liées à l’orientation sexuelle ou identité de genre. Cette recherche s’est appuyée sur une démarche ethnographique de trois ans, réalisée en situation de « participation observante » (Makaremi, 2008) au sein d’une association parisienne spécialisée dans l’accompagnement à ce type particulier de demande d’asile. Une telle configuration d’enquête, caractérisée par une forte « implication » sur le terrain en raison du rôle de bénévole de l’association que j’ai occupé, entraîne une série de questions sur les plans méthodologique, épistémologique et éthique. En revenant sur les spécificités du groupe étudié et sur celles des conditions de réalisation de cette enquête, il s’agira de rendre compte de quelques-unes des difficultés qui ont structuré le déroulement du terrain (gestion des rapports de pouvoir rejoués ou négociés dans la relation d’enquête, utilité et difficultés de la démarche réflexive dans un soucis d’objectivation des implications du positionnement personnel, navigation entre les exigences scientifiques et éthiques parfois contradictoires, etc …), ainsi que de présenter certains (ré)ajustements adoptés pour y faire face.

25 mars 2022, 9-12h (15h-18h à Paris):

Genre(s) et sexualités

Elisabeth Mercier, professeure agrégée au département de sociologie de l’Université Laval :

Les discours de prévention du sexting chez les jeunes : entre reproduction hégémonique et résistance

Cette présentation propose des pistes de problématisation du sexting chez les jeunes visant à éclairer certains aspects du phénomène qui demeurent trop souvent évacués des discours et des connaissances produites à son sujet. L’un de ces impensés est celui du slutshaming, c’est-à-dire l’humiliation publique des filles sur la base de leur sexualité, qui est généralement compris comme la conséquence ou le risque inévitable du sexting. À partir d’une analyse de différentes campagnes de prévention du sexting chez les jeunes, au Québec et en France, et des controverses qu’elles ont soulevées sur les réseaux sociaux, la présentation poursuit deux objectifs : 1) comprendre les effets de sens des discours de prévention axés sur le risque pour les filles de se faire humilier et 2) montrer comment le répertoire conceptuel lié à la dénonciation de la culture du viol s’oppose désormais à ces discours, en venant re-signifier leurs principaux termes et arguments.

Arthur Vuattoux, Maître de conférences en sociologie à l’Université Paris 13 (Bobigny):

Les jeunes, la sexualité et internet, enjeux méthodologiques d’une enquête par entretiens rétrospectifs

L’enquête sur les jeunes, la sexualité et internet (SEXI) avait pour objectif de comprendre les usages sexuels d’internet des adolescent-e-s en interrogeant de jeunes adultes (18-25 ans), et sans restreindre le questionnement à des types d’usages. Les entretiens réalisés ont permis, notamment, de mettre au jour les continuités entre pratiques sexuelles en ligne et pratiques culturelles, et un questionnaire exploratoire (n=1427) a permis de donner quelques pistes d’actualisation des enquêtes quantitatives sur la sexualité. Cette communication sera l’occasion de revenir sur les enjeux méthodologiques de cette enquête.

1er avril 2022, 9-12h (15h-18h à Paris):

Genre(s) et médias

Cécile Méadel, professeure en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 2 Panthéon-Assas (IFP)

Communication à venir

Deuxième paneliste à venir

Communication à venir

20 mai 2022, 9-12h (15h-18h à Paris):

Genre(s) et démarches en histoire

Claire Blandin, Historienne des médias et Professeure en Sciences de l’Information et de la Communication, Université Sorbonne Paris Nord.

Communication à venir

Deuxième paneliste à venir

Communication à venir