À l’origine de cette recherche se trouvait le désir que nous avions de dresser un premier bilan du développement des industries médiatiques en milieu autochtone, en mettant l’accent sur la dimension économique, ce qui, à notre connaissance, n’avait jamais été fait. Adopter une telle démarche nous semblait d’autant plus pertinent que ces industries sont considérées comme une source de création de richesse économique au sein des communautés éloignées des grands centres tous situés dans le sud du pays. Or, cet objectif n’a été que partiellement atteint. En effet, il ne nous a pas toujours été possible d’avoir accès aux informations économiques et financières sur les entreprises, qui nous auraient permis de documenter certains aspects en vue de mesurer ensuite plus finement la contribution réelle des médias autochtones au développement économique de la population autochtone et de valider ainsi l’hypothèse implicite de notre projet de recherche.
Il a donc été parfois difficile d’avoir accès aux informations économiques, nos interlocuteurs nous proposant de revoir en quelque sorte l’agenda de notre recherche en évoquant spontanément l’importance des médias pour le développement social et culturel des autochtones. Il est vrai qu’il n’est pas nécessaire d’occuper un poste de responsabilité pour pouvoir s’exprimer sur le rôle des médias dans la préservation du patrimoine linguistique ou de la transmission du mode de vie alors qu’on hésitera peut-être à répondre aux questions financières si on n’occupe pas un poste de direction. Le terrain nous a démontré que les limites du modèle « techno-économique » du développement prennent un sens encore plus important en contexte autochtone, où la conception du monde repose sur l’interdépendance des sphères de la vie humaine et les interactions entre celles-ci.
Nous avons donc finalement décidé de porter notre attention non seulement au développement économique mais aussi au développement social et culturel, en nous efforçant de redonner, à ceux qui nous l’ont offert, le savoir tiré de leur parole, un savoir métissé de nos échanges. Il résulte de nos travaux les enseignements suivants : la précarisation du financement des médias autochtones du au retrait des instances publiques, la difficulté pour les entreprises concernées de soumettre des projets à des programmes qui épousent mal les contours de leurs spécificités, la persistance de la fracture numérique pour les communautés éloignées. Nous avons par ailleurs constaté la complexité de l’exercice visant pour les entreprises autochtones à répondre à des commandes plurielles, diverses, voire contradictoires, les interpellant tantôt comme des médias de service public – tenus de produire une information de qualité s’adressant en premier lieu, mais pas uniquement, aux Premières nations, aux Inuits et aux Métis ; tantôt comme des médias communautaires – qui ne doivent pas dégager de profits ni constituer des réserves financières; tantôt comme des organismes à but lucratif – chargés de veiller à assurer la stabilité financière en cas de coup dur ! La réalité des médias autochtones apparaît plus complexe que jamais et surtout dans un environnement où les mutations touchent plus particulièrement ce secteur des médias. On en veut pour preuve le rôle que tend à prendre de plus en plus le réseau internet et notamment le web dans la circulation mais aussi la production de contenus autochtones. Et cette tendance est vraie à la fois en milieu autochtone et à une échelle bien plus globale.