Le service public médiatique à l’ère de l’internet

Cette recherche porte sur le rôle du service public médiatique à l’ère de l’internet et des sociétés du savoir. Au moment même où s’affirmaient dans les années 1980 la remise en cause du service public et les opérations de privatisation et de déréglementation, naissait un nouveau mouvement d’étude et de défense des biens et services collectifs, le mouvement des « commons », qui s’est d’abord intéressé aux « commons » matériels tels que la forêt et la mer. Avec l’expansion des réseaux numériques, cette approche s’est étendue à la connaissance, à la culture et à l’information.
L’étude des industries culturelles, caractérisées par leur créativité et proposées depuis quelques années comme modèles pour une nouvelle économie dite créative, nous amène à prendre en considération la problématique de la propriété intellectuelle et celle-ci, depuis l’avènement de l’internet, oblige à prendre en compte les « creative commons ». En suivant cet enchaînement conceptuel, nous nous proposons d’analyser la radiodiffusion, industrie de production et de diffusion culturelle où la notion de service public a historiquement joué un rôle de premier plan, à la lumière de la nouvelle perspective qu’offre la problématique de la créativité et des « knowledge and creative commons ». Les réseaux numériques représentent certes un défi de taille pour les télévisions traditionnelles en ce qu’ils grugent leurs auditoires et amputent leurs revenus publicitaires. Mais la vitalité du mouvement des « knowledge and creative commons » sur l’internet devrait également attirer l’attention des radiodiffuseurs, en particulier des chaînes publiques, dans la mesure où il pourrait inspirer un renouvellement du service public, en facilitant une plus grande accessibilité aux productions culturelles.
L’objectif principal de la présente recherche est d’évaluer dans quelle mesure le mouvement des « knowledge and creative commons » permet à la Société Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation, à France Télévisions et à la British Broadcasting Corporation de repenser et de reformuler leur mandat de service public, ainsi que de renouveler leurs pratiques, dans le contexte créé par le développement de l’internet et le repositionnement des industries culturelles dans le plus vaste secteur des industries créatives.
L’atteinte des objectifs de la recherche nécessite l’analyse des documents pertinents et la conduite d’entretiens auprès des acteurs-clé concernant la gestion de la créativité et de l’accessibilité pratiquée par les chaînes publiques de télévision au Canada, en France et au Royaume-Uni. Il nous est apparu opportun de comparer l’expérience canadienne à la française et à la britannique parce que la BBC et France Télévisions constituent des modèles de référence en matière de télévision publique et qu’elles évoluent dans des contextes juridiques contrastés qui représentent les deux courants principaux en matière de droits intellectuels, le droit d’auteur axé sur les intérêts des créateurs et le copyright qui protège surtout les intérêts de ceux qui possèdent les droits d’exploitation de l’œuvre.
Les résultats de cette recherche devraient contribuer à la réflexion sur le renouvellement du mandat de service public médiatique et au débat sur les paramètres d’un nouveau régime de propriété intellectuelle et d’une politique d’accessibilité aux productions culturelles. Ils devraient avoir des retombées dans le milieu de la télévision publique auprès des radiodiffuseurs, des producteurs indépendants, des agents de régulation et des fonctionnaires publics. Ils devraient également permettre une révision et une actualisation de la théorie des industries culturelles à la lumière des récentes transformations dues au développement de l’internet et des industries créatives.

(Financement du CRSH – Programme Savoir (2014-2018))

Équipe : Gaëtan Tremblay (UQAM), Aimé-Jules Bizimana (UQO), Oumar Kane (UQAM)