Dans cette conférence, je tacherai de préciser le concept de populisme en l’articulant à l’analyse socio-historique de l’Amérique latine, l’un des principaux pôles de développement de l’idée autant que des pratiques du populisme. En analysant différentes formes de représentation du politique depuis un peu plus de cent ans en Amérique latine, cette séance propose un parcours passant d’une langue politique marquée par la figure du peuple à l’apparition, dans les année 1980, d’une forme hégémonique de représentation du politique marquée par la figure de la lutte contre la pauvreté, légitimant, paradoxalement, une marchandisation des rapports sociopolitiques et à une réforme néolibérale de l’État. Le « retour du peuple » au tournant du millénaire conduira à une remise en question de ces réformes sans toutefois signifier un retour à la situation antérieure. C’est moins sous forme de « travailleurs » organisés dans des syndicats ou des partis que revient la figure du peuple que sous la forme d’une « expérience plébéienne », sous la forme de soulèvements populaires traduisant un refus de la violence, structurelle autant que répressive et symbolique, vécue par un « nous les pauvres » qui au nom d’une « souffrance partagée » s’auto-instituent en acteurs suprêmes d’une scène politique instituée par eux dans et par leur acte de soulèvement.
Biographie
Ricardo Peñafiel est professeur associé au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal et membre fondateur du GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine). Il enseigne l’analyse du discours, l’ethnosociologie, la politique comparée de l’Amérique latine et les théories politiques contemporaines, dont les théories et pratiques de la démocratie et les théories critiques du développement. Ayant réalisé sa thèse sur « l’événement discursif paupériste » – c’est-à-dire sur le remplacement de la figure légitimante du peuple par celle de la lutte contre la pauvreté dans la représentation du politique en Amérique latine – ses recherches postdoctorales (Paris 1-Panthéon-Sorbonne ; Northwestern U. et U. de Montréal) se sont intéressées au « retour du populisme », notamment à partir de l’analyse du Venezuela. Ces dernières années, il a développé le concept d’interpellation plébéienne pour rendre compte de l’autoreprésentation des classes populaires, au-delà de la violence symbolique populiste. Dans cette perspective, il a notamment codirigé le livre, L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche, Paris/Montréal, Karthala/PUQ, 2012.
Suggestions de lecture
Le discours populiste de certains animateurs de radio s’attire la faveur d’un grand nombre d’auditeurs, et ce depuis plusieurs années. À quoi tient le pouvoir de ces animateurs? Quelles sont les caractéristiques de leur discours? C’est à ces questions que nous tenterons d’apporter quelques éléments de réponse, en montrant le rôle clé que jouent la construction discursives d’identités opposées, l’exacerbation des différences et le gommage des points communs entre les individus dont on parle.
Biographie
Marty Laforest détient un DEA en sciences du langage de l’École des Hautes études en Sciences sociales de Paris et un doctorat en linguistique de l’Université Laval. Elle est membre du Centre de recherche interuniversitaire sur le français en usage au Québec (CRIFUQ) et de l’International Association of Forensic Linguists. Professeure titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle y poursuit ses recherches dans les domaines de l’analyse de discours, de la sociolinguistique et de la pragmatique. Elle a longuement travaillé (en collaboration avec Diane Vincent et Olivier Turbide) sur le discours conflictuel et la violence verbale telle qu’elle se déploie tant dans l’espace privé que public, notamment en contexte radiophonique. Elle s’intéresse maintenant particulièrement au discours de menace, en collaboration avec Geneviève Bernard-Barbeau (UQTR) et Francis Fortin (école de criminologie, U. de Montréal).
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