Mutations des industries de la culture et de la communication à l’ère numérique

Cinq ans de recherche sur la gouvernance des systèmes de communication et sur les industries de la culture nous ont conduits à considérer que les régulations socioéconomiques et sociopolitiques dans ce secteur d’activités intègrent dorénavant une certaine décentralisation des lieux de prises de décision et une augmentation du nombre d’acteurs sociaux impliqués. Nous avons également constaté que le numérique était la source de nouveaux défis en la matière, par exemple lorsqu’il s’agit d’aborder les questions du pluralisme de l’information et de la diversité culturelle. Mais alors que ce programme de recherche était centré sur les différents types d’acteurs et leurs stratégies, nous adotons ici un nouveau regard en travaillant sur les mutations médiatiques et culturelles à partir de la prise en compte des trois moments du «processus médiatique» qui constituent les trois axes de notre programmation : (1) la création/production, (2) la distribution/circulation et (3) la réception/appropriation des produits médiatiques et culturels.

L’originalité de celui-ci est double : premièrement, il s’agit d’articuler entre elles ces trois phases qui sont souvent analysées de façon distincte et linéaire. Deuxièmement, le terme « numérique » renvoie à trois dynamiques différentes, mais complémentaires les unes des autres et qui contribuent à modifier les formes et les modalités de la création/production, de la distribution/circulation et de la réception/appropriation des produits médiatiques et culturels. Ces trois dynamiques sont :
(1) la constitution de nouveaux dispositifs plus ou moins « ouverts », qu’il s’agisse d’outils de création (tels que des caméras ultra-légères ou des logiciels de mixage), de plateformes de distribution (tablettes, téléphones dits intelligents, consoles de jeux vidéo) ou de réseaux de circulation, le principal étant internet ;

(2) les entreprises qui, souvent issues des secteurs de l’informatique, des télécommunications et du web, cherchent à tirer profit de leurs savoirs pour pénétrer le secteur des médias et de la culture ;

(3) les pratiques culturelles des individus et des collectifs, parfois novatrices et qui peuvent aller jusqu’à l’appropriation de contenus et de dispositifs numériques.

En adoptant une perspective critique, nous voulons analyser les rapports de pouvoir qui persistent et qui se transforment aux trois étapes du « processus médiatique », mais aussi mettre l’accent sur les initiatives susceptibles de contribuer à la formation d’alternatives aux solutions néolibérales de gouvernance, par exemple autour du mouvement des «commons» et des pratiques émergentes de constituantes de la « société civile ».

(Financement du FRQSC – Programme de soutien aux équipes de recherche, 2015-2019)

Équipe : Éric George (UQAM), France Aubin (UQTR), Anouk Bélanger (UQAM), Aimé-Jules Bizimana (UQO), Nathalie Casemajor (UQO), Oumar Kane (UQAM), Jason Luckerhoff (UQTR), Martin Lussier (UQAM), Michel Sénécal (TÉLUQ), Gaëtan Tremblay (UQAM).