Depuis une quinzaine d’années, nous avons assisté à un renouveau de la critique sociale (Boltanski, Chiapello, 1999). Le forum social mondial (FSM) de 2001 à Porto Alegre (Brésil) et ceux qui ont suivi témoignent de ces dynamiques sociales parfois renouvelées, parfois inédites. Dans la foulée, des rencontres eurent lieu à différentes échelles : du forum social européen (Paris, 2006) aux forums sociaux québécois (Montréal 2007 et 2009). Or, force est de constater que l’université, pourtant historiquement l’un des principaux lieux de la contestation sociale, a plutôt semblé en décalage avec cette mouvance, au sein des études en communication comme dans d’autres secteurs des sciences humaines et sociales pendant plusieurs décennies. Ce constat tendrait à confirmer le «naufrage de l’université» dorénavant au service du capitalisme globalisé, si l’on en croit Michel Freitag (1998). Toutefois, plusieurs initiatives récentes ont valorisé la dimension critique des travaux en communication. À la lecture d’appels à communication, il semblerait que, tant dans la recherche francophone qu’anglophone, les publications et les colloques se réfèrent de plus en plus au terme « critique ». Pour sa part, le centre de recherche GRICIS a lancé voilà bientôt deux ans une série de séminaires ayant pour titre « Pensée critique et communication ». Cette série a connu un franc succès, permettant à une trentaine de collègues du Québec, d’ailleurs au Canada, du Brésil, du Chili, de Côte d’Ivoire et de France d’intervenir sur la thématique. Ces séminaires ont suscité un tel intérêt qu’il a été décidé de poursuivre la réflexion dans un cadre élargi, d’où l’organisation de ce colloque international.
L’usage du terme « critique » relève tout d’abord d’une démarche épistémologique. C’est l’idée de faire appel à la raison afin de pouvoir s’interroger sur la « réalité » tout en considérant n’avoir au mieux qu’un accès partiel à celle-ci. Pratiquer la raison nécessite donc de prendre du recul par rapport à ses propres convictions ; préférer la réalité, même difficile ou complexe à appréhender, à des illusions confortables ou à des simplifications abusives ; voire mettre en évidence l’essence des choses derrière les apparences. Bref, observer et analyser mais tout autant interpréter, commenter. Adopter un positionnement critique signifie aussi porter une attention particulière aux notions d’inégalités, de rapports d’exploitation, de domination, de conflits et de pouvoir, mais aussi de résistance, d’émancipation et de changement social, et ce à la fois dans des perspectives micro et macro, à court et à long terme. Enfin, le terme « critique » peut également renvoyer à la nécessité de porter un regard un tant soi peu global sur notre monde. Or, à ce sujet, il est possible de se demander si l’hyperspécialisation, certes nécessaire à l’approfondissement des connaissances, ne constitue pas un réel problème en transformant les chercheurs en experts incapables de porter un avis en dehors de leur champ spécifique de compétences ; ce qui interdit quasiment toute posture critique. La pertinence scientifique de ce colloque tient au fait qu’il sera l’occasion d’interroger les différentes façons de concevoir le terme « critique » et examinera les pratiques inhérentes. Mais la pertinence sera autant sociale, car l’impression persiste parfois que l’université d’un côté et la société de l’autre sont deux mondes séparés. Or, l’une des traditions de la recherche critique consiste justement à faire converger théorie et pratique, connaissance et action. D’où le questionnement sur la place et le rôle de la recherche critique en communication dans nos sociétés et sur les complémentarités et oppositions existant entre travail scientifique et engagement social.
« Où (en) est la critique en communication? » Telle est la question centrale à laquelle nous souhaitons répondre dans le cadre de ce colloque international sur le rôle et la place de la critique dans les recherches en communication. Plus précisément, il s’agit de brosser un tableau le plus achevé possible des recherches orientées vers la critique en communication, au Canada comme à l’étranger, et au-delà d’interroger les acceptions données au terme même de « critique ». Que celui-ci soit associé aux vocables théorie, perspective, pensée, approche, voire conscience, il importe autant d’établir une cartographie des travaux menés dans ce sens, que de saisir le niveau d’importance que l’on accorde aujourd’hui à la critique dans les recherches en communication. Les interventions pourront être à dominante théorique ou empirique mais, dans tous les cas, elles devront comprendre une démarche réflexive visant à ce que chaque participant considère ses propres pratiques en regard des objectifs inhérents à leur dimension critique. In fine, le colloque a pour ambition de favoriser les échanges entre professeurs-es et étudiants-es de cycles supérieurs, ainsi que les collaborations des uns avec les autres.
Voir en ligne : [Programme du colloque->http://www.gricis.uqam.ca/activites/colloques-organises-par-le-gricis/article/programme-du-colloque-ou-en-est-la]
Voir en ligne : [Actes du colloque->http://www.gricis.uqam.ca/IMG/pdf/ActesColloqueOu-_en_-est-la-critique-en-communication_Gricis2012_Reduit.pdf]