Problématique des séminaires 2012-2013

{{Systèmes de communication et démocratie :
études de cas, analyses et réflexions}}

Depuis plusieurs décennies et notamment avec le développement du réseau Internet, chaque innovation en matière de technologies médiatiques a donné lieu à de nombreux discours, pour la plupart très positifs, sur les impacts que celles-ci auraient de facto sur nos systèmes politiques, le plus souvent en vue d’un renforcement du caractère démocratique de nos sociétés. Ainsi, exemple récent parmi bien d’autres, a t-on entendu parler de « révolution 2.0 » à propos des événements survenus au cours du « printemps arabe ». Plus généralement, le développement de bonnes pratiques de communication – dorénavant de plus en plus souvent médiatisées – serait devenu dans nombre de discours indispensable au bon fonctionnement des systèmes politiques. C’est ce que l’on entend fréquemment au sujet du continent africain où la communication est présentée comme la solution aux problèmes de représentation politique. Il nous apparaît que ces propos doivent faire l’objet d’une analyse approfondie dans le cadre des recherches universitaires. C’est l’objectif du prochain cycle de séminaires (2012-2013) du centre de recherche GRICIS autour de quelques questions qui visent à articuler les rapports entre systèmes politiques et systèmes de communication :

(1) Il s’agit tout d’abord d’analyser la nature même de nos systèmes politiques au regard du rôle que la communication et les systèmes de communication –pour chacune des générations de technologies médiatiques– ont historiquement joué et jouent actuellement dans leurs reproductions ou transformations. S’agit-il d’un rôle moteur relevant de l’édification d’un espace public, d’espaces publics ? D’un rôle central dans le développement de la surveillance, du contrôle, de la régulation de l’opinion publique ? D’un rôle décisif dans la construction des idéologies, des imaginaires ? Il serait pertinent d’étudier jusqu’à quel point la mondialisation, examinée sous l’angle de la circulation des idées, pourrait contribuer à développer de nouveaux modèles de « vivre-ensemble » et à enrichir nos systèmes politiques.

(2) Il s’agit également de s’intéresser aux relations entre systèmes de communication et systèmes politiques à partir d’études effectuées sur différents terrains où les mouvements sociaux se sont appropriés les technologies médiatiques de manière inventive et parfois inédite. On pense par exemple au rôle des médias, anciens comme nouveaux, dans les transformations des systèmes politiques de plusieurs pays arabes au cours des derniers mois (Tunisie, Égypte, Syrie, Yémen, etc.) ainsi qu’à leur place dans les mobilisations sociales récentes, telles que les mouvements des indignés et « Occupy » en Espagne, aux États-Unis, au Québec, etc. Il pourrait aussi être question des liens entre le développement de la communication et de la démocratie dans différents contextes sociohistoriques.

(3) Enfin, si toute une gamme de technologies médiatiques peut contribuer à renforcer ou à transformer des systèmes politiques, il apparaît aussi que ceux-ci jouent un rôle important dans les changements des systèmes de communication. En effet, ces derniers demeurent liés aux politiques et cadres réglementaires mis en place par les instances publiques nationales mais aussi de plus en plus locales et internationales. Cela se fait en articulation avec les stratégies des entreprises du secteur des médias et de la communication, habituellement en situation de forte concentration, et avec les mobilisations sociales en faveur du renforcement des « droits à la communication ». Ce qui conduit à se demander par exemple quelle(s) place(s) ont aujourd’hui les médias, des plus anciens aux plus contemporains, dans les revendications politiques et sociales dans différentes régions du monde.

Il est évidemment question de s’intéresser ici autant aux médias plus anciens tels que la presse écrite, la radio ou la télévision, qu’à des médias plus contemporains qui comprennent le réseau Internet ainsi qu’un vaste ensemble de terminaux, de l’ordinateur à la tablette en passant par le téléphone mobile. Souvent présentées comme opposées, ces générations de médias ne sont-elles pas également complémentaires, du moins dans une certaine mesure, voire étroitement imbriquées dans certaines situations ? Par ailleurs, nos systèmes politiques ne sont-ils pas marqués à la fois par l’existence d’institutions établies, de pratiques reconnues comme démocratiques -on pense évidemment au vote- mais aussi par d’autres formes d’expression relevant plus d’une démocratie participative que d’une démocratie représentative ? N’est-il pas essentiel d’envisager de lier entre elles les analyses qui mettent l’accent sur le court terme –souvent dominantes lorsqu’il est question des technologies médiatiques les plus récentes– et celles qui accordent une importance à la dimension sociohistorique des dynamiques à l’œuvre ? Enfin, plutôt que de retenir des approches qui renvoient simplement à des situations de domination et d’aliénation d’un côté ou bien de changement et d’émancipation de l’autre, ne faut-il pas penser de pair l’éventail des possibles ? Comme vous pouvez le constater, nous privilégions dans le cadre de ce séminaire les perspectives qui mettent l’accent sur la critique, la complexité et l’articulation des diverses dimensions liées aux phénomènes étudiés.