AAC: Les enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique

Henri Assogba, Renaud Carbasse et François Demers, tous les trois professeurs à l’Université Laval et membres du CRICIS, participent à l’organisation du colloque Les enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique qui se tiendra du 10 au 12 octobre 2018 à l’Université de Laval. La date limite pour envoyer une proposition est le 11 mai 2018. Vous trouverez ci-bas l’appel à communication.

Les enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique

Université Laval (Québec), 10 – 12 octobre 2018

Colloque international du Réseau Théophraste organisé par le Département d’information et de communication de l’Université Laval en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie

Les journalismes, puisqu’il en existe plusieurs (Frère, 2016; Bernier, 2010; Gunaratne, 1998), ont toujours été écartelés entre une tendance à la généralisation et une tendance à la spécialisation. Cette dernière s’est accélérée et s’est renforcée à l’ère numérique. Mais qu’entendons-nous par spécialisation en journalisme ?

Des auteurs comme Neveu, Rieffel et Ruellan (2002) s’interrogeaient déjà à savoir si la notion de journaliste spécialisé n’était pas qu’un « bête pléonasme » puisqu’il n’existerait de journaliste que spécialisé ? La notion de spécialisation serait donc consubstantielle à la définition même du journaliste. En journalisme, cette spécialisation peut être appréhendée soit de manière fonctionnelle (du secrétaire de rédaction au spécialiste de l’édition de la page d’accueil d’un site d’information en ligne), soit de manière thématique (à travers la multiplicité des rubriques ou « beats » nouveaux et traditionnels) ou soit de manière géographique (de l’hyperlocal à l’international). Le présent colloque souhaite s’intéresser aux enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique.

Les journalismes, comme tant d’autres secteurs de la société, ne sont pas épargnés par la numérisation. L’information journalistique, dès l’étape de sa production et quelle que soit sa forme (texte, son et/ou image), est désormais un fichier numérique dont les possibilités de circulation semblent infinies indépendamment du support auquel cette information est destinée à l’origine. On peut ainsi « voir en direct » des bulletins d’information radiophonique (exemple des radios françaises RTL, Europe 1, France Inter, RMC ou suisses La Première, LFM et Couleur 3 qu’on peut « voir en direct »). La « radio filmée » n’est qu’une illustration parmi tant d’autres des mutations numériques en cours dans le secteur des médias d’information. À chaque type de support (ordinateur, tablette, smartphone, etc.) correspond désormais un type de traitement de l’information.

Ce colloque souhaite analyser les enjeux liés à cette évolution à travers trois principaux axes :

  1. Enjeux liés aux spécialisations fonctionnelles

La révolution numérique et son impact sur l’économie de la presse ont engendré, à en croire Charon (2016), l’émergence d’un nouveau type de journaliste : un journaliste multispécialiste dont on attend qu’il sache écrire, éditer, monter du son, de la vidéo, mettre en page et maîtriser les outils de diffusion de l’information. De précédentes études (Neveu, Rieffel et Ruellan, 2002) montrent que cette attente des employeurs d’une polyvalence fonctionnelle de la part des journalistes à recruter n’est pas nouvelle.

Dans la plupart des structures de formation en journalisme, la culture numérique semble être devenue une priorité dans l’offre de formation des futurs journalistes. Comment est-elle mise en œuvre concrètement ? Quels sont les enjeux pédagogiques qu’implique une telle intégration pour les natifs numériques (digital natives) que sont les futurs journalistes ? Faut-il encourager la polyvalence ou la spécialisation par support médiatique ? A-t-on les premiers retours des expériences des Fab Lab, formes de laboratoires construites autour des coopérations avec de nouvelles spécialités dans le traitement de l’information (codeurs, designers, statisticiens, etc.) ? Bref, autant d’interrogations que d’enjeux liés à la relève journalistique à l’ère numérique.

  1. Enjeux liés aux spécialisations thématiques

La structuration des salles de nouvelles en services et rubriques valorise la spécialisation thématique. Ces rubriques spécialisées sont constamment repensées par les entreprises de presse même si les motivations diffèrent (Ip, 2014 ; Tunstall, 1971). Si certaines spécialités thématiques en journalisme ont pour objectifs d’attirer de l’audience ou de la publicité ou les deux à la fois, d’autres participent plutôt au prestige ou à un positionnement du titre en question. Mais au-delà d’une hiérarchie de fait entre les rubriques (Herman et Lugrin, 1999), ce qui distingue le journalisme « d’expertise critique » du « journalisme de routines » selon Padioleau (1976), c’est l’ambition de s’afficher auprès des audiences et des sources comme des spécialistes compétents et autonomes, capables de mettre à distance les messages promus à leur attention par ces dernières. À l’ère numérique, les journalistes semblent avoir perdu une partie de ce magistère et leur capacité à « certifier l’information » devant l’accroissement des contenus générés par les utilisateurs d’Internet ou des « publics producteurs ».

L’importance de la spécialisation voire de l’hyperspécialisation des contenus (avec des segmentations de niche) est soulignée par plusieurs auteurs (Charon, 2016; Ip, 2014) comme l’une des tentatives de réponse du milieu journalistique aux mutations engendrées par le numérique. Quel(s) modèle(s) économique(s) pour répondre à cette fragmentation de l’offre qui tend à viser l’individu ? Les hiérarchies entre les spécialisations journalistiques sont-elles bouleversées par les pratiques numériques ? Le numérique modifie-t-il les trajectoires de spécialisation thématique dans la carrière journalistique ? Si oui, comment ?

  1. Enjeux liés aux spécialisations géographiques

Au nombre des potentialités de facilitation et d’accélération des segmentations ou niches médiatiques attribuées au numérique figurent également les spécialisations géographiques ou en termes de couverture territoriale. Cela va de nouvelles expérimentations à l’échelle du quartier d’habitation en information hyperlocale (Nielsen, 2015; Williams, 2015; Bousquet et al. 2015) aux éditions régionales voire continentales initiées par des médias déjà existants (Le Monde Afrique, Le Point Afrique, L’Express Afrique ou des télévisions satellitaires qui desservent des territoires linguistiques comme TV5, etc.) en passant par toutes les échelles intermédiaires d’initiatives qualifiées de journalisme citoyen ou participatif (les médias diasporiques par exemple). Ces spécialisations géographiques contribuent-elles à rééquilibrer le flux d’informations ? Quelles implications pour la relève journalistique ?

Au-delà des trois axes de réflexion susmentionnés, il est possible de proposer des réflexions transversales à ces axes.  Délaissant les approches « techno déterministes » et en évitant les pièges des croyances numériques qui ne cessent de contaminer la science (Guichard, 2017), ce colloque interdisciplinaire invite à décentrer la perspective en interrogeant les enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique et en faisant dialoguer les chercheurs, formateurs et praticiens.

Soumission des propositions

Les personnes intéressées à participer à ce colloque international francophone doivent faire parvenir un résumé de 300 à 500 mots exposant leur problématique, leur méthodologie et, le cas échéant, les résultats anticipés.

Les propositions doivent être transmises par courriel, avant le 11 mai 2018, à l’adresse colloque2018.theophraste@gmail.com. Veuillez indiquer votre nom et vos références (affiliation, université ou institution, adresse électronique, numéro de téléphone et titre de communication) dans le corps de votre message.

Une réponse sera donnée au plus tard le 1er juillet 2018 par le comité scientifique, après un processus d’évaluation en double aveugle.

Comité d’organisation : Henri Assogba, Colette Brin, François Demers, Charles Moumouni et Thierry Watine (Université Laval)

Comité scientifique :

  • Henri Assogba, Université Laval
  • Marc-François Bernier, Université d’Ottawa
  • Colette Brin, Université Laval
  • Renaud Carbasse, Université Laval
  • François Demers, Université Laval
  • Marie-Soleil Frère, Université Libre de Bruxelles
  • Pascal Guénée, IPJ, Université Paris Dauphine
  • Marie-Christine Lipiani, IJBA, Université Bordeaux Montaigne
  • Charles Moumouni, Université Laval
  • Dominique Payette, Université Laval
  • Ibrahima Sarr, CESTI, Université Cheikh Anta Diop
  • Thierry Watine, Université Laval