Le vendredi 22 mars l’axe 4 du CRICIS, Épistémologies critiques de la culture et de la communication, a tenu un séminaire intitulé « Pragmatisme et critique » avec des interventions de Josianne Millette, professeure à l’Université Laval et Olivier Voirol, professeur à l’Université de Lausanne, chercheur à l‘Institut für Sozialforschung.
Les relations publiques, avec l’ensemble des industries de la promotion et de la persuasion, ont fait l’objet d’une littérature critique abondante au cours du XXe siècle : la propagande, en tant que forme technicisée du pouvoir d’influence, constitue en effet un thème central de la recherche en communication. Or, les « RP » ne sont ni monolithiques, ni une entité abstraite : elles sont mises en œuvre, sur une base quotidienne, par de plus en en plus d’individus, au nom d’une diversité toujours grandissante d’organisations et d’intérêts. Comment, alors, arrimer une analyse critique du phénomène social des RP à la nécessité, pour en saisir les enjeux sociaux, éthiques et politiques, de tenir compte des réalités de celles et ceux qui en font leur métier? Cette présentation propose d’explorer le pragmatisme critique inspiré de la philosophie sociale de John Dewey comme une piste fertile pour le développement d’une compréhension critique des modèles et des formes de communication mis en œuvre dans la pratique contemporaine des relations publiques.
Lectures suggérées
Notice biographique
Josianne Millette est professeure adjointe au Département d’information et de communication de l’Université Laval et membre du Laboratoire sur la communication et le numérique (LabCMO). Elle s’intéresse aux enjeux éthiques et politiques de la communication publique, et plus particulièrement des relations publiques. Ses travaux récents portent sur les logiques et tensions qui caractérisent l’usage des médias socionumériques dans ce contexte, ainsi qu’aux pratiques de communication des groupes militants.
Plusieurs conceptions de la critique cohabitent dans les sciences sociales, la philosophie sociale et la recherche en communication. Après avoir succinctement distingué ces conceptions, une tradition critique sera examinée en particulier, celle de la critique immanente dont les origines remontent à la philosophie hégélienne. A partir de Hegel, j’en dégagerai les principes pour évoquer ses prolongements, en particulier dans la tradition de la théorie critique (de l’Ecole de Francfort) ainsi que dans la philosophie pragmatiste de John Dewey. A ce stade, je dégagerai deux manières d’interpréter la critique immanente, la première s’attache à la reconstruction des dimensions de la pratique incarnant la « vie bonne », la seconde procède au retournement dialectique d’une réalité inversée par la domination. A partir des théories de la critique ancrée dans le modèle de la reconstruction, en particulier celles de John Dewey et d’Axel Honneth, je tâcherai de mettre au jour les modalités de cette conception critique en dégageant ses forces, tout en soulignant ses déficits.
Lectures suggérées :
Notice biographique
Olivier Voirol est Maître d’enseignement et de recherche à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne (Suisse), chercheur associé à l’Institut de recherches sociales (Institut für Sozialforschung, IfS), rattaché à l’Université Goethe à Francfort, et chargé de cours à l’Université Descartes-Paris 5. Il y a travaillé pendant plusieurs années avec Axel Honneth, directeur de l’Institut depuis 2001, sur le thème de la reconnaissance, de l’espace public et des médias. Il a notamment axé ses travaux sur les notions de « visibilité » et d’« invisibilité » sociales, en lien avec les activités communicationnelles et médiatiques. Une partie importante de ses travaux porte sur la Théorie critique (de l’Ecole de Francfort), son histoire, ses interprétations et son actualisation au regard des enjeux du temps présent. Il est, en outre, membre du comité de rédaction de la revue Réseaux et responsable de la collection « Théorie critique » aux éditions de La Découverte.